YAGE Réalisation/Photo : Chris Interview tirée du Wil n°20
Comment oublier ce moment
magique lors de leur concert à Compiègne où l'amitié se
mélange à l'énergie. Une musique qui relève le côté positif
du hardcore pour donner naissance à l'un des meilleurs groupes
de cette nouvelle scène Emo de ce début de siècle. Yage
participe à cette invasion pacifique de groupes allemands
qui nous bombardent de mélodies et d'amour...
Votre nouvel album vient
de sortir, quelles sont vos impressions et comment comparez-vous
ce disque dans l'évolution de Yage ? Daniel : Certainement, pour moi cet album est une
nouvelle étape dans l'évolution de Yage. Personnellement,
je ne me projette pas beaucoup dans le futur et ces dernières
années je n'étais même pas sûr que le groupe pourrait être
encore là en 2001. Alors ce disque est la preuve que quelque
chose en nous est resté en vie. L'envie de faire cette musique
est plus présente que jamais dans nos esprits. C'est aussi
un signe de la forte amitié entre les membres du groupe
et aussi avec Seb (PurePainSugar) et Ronnie (Code of Ethics)
qui ont sorti ce disque en vinyle 10'' et en MCD. Ils étaient
avec nous en tournée et il y a quelque chose de très fort
qui s'est produit. C'était comme une petite communauté.
Le premier album a été réalisé par Ollie et Nikita donc
par nous mêmes. Ce nouveau disque est très intéressant car
il implique d'autres individus. Je pense que c'est une expression
d'amitié profonde. Nikita : Je suis très satisfait de ce disque. Il
a demandé beaucoup de travail et on a vraiment l'impression
qu'on a enregistré avec nos mains. C'est maintenant plus
difficile d'écrire des nouvelles chansons car on doit y
trouver une démarche évolutive par rapport aux disques précédents.
Je trouve cela très chiant de faire un album identique au
précédent. C'est aussi quelque chose que tu ne peux pas
forcer, ça vient ou pas car cela doit être naturel et c'est
là qu'est la difficulté. Il a gardé cette énergie qui est
tellement importante pour Yage mais pour composer je trouve
que je suis plus attentif à ce que je veux exactement faire
par rapport aux efforts passés.
J'ai lu que vous n'étiez pas un groupe engagé politiquement,
mais dans le livret de votre premier album, il y a un texte
de Ernest Bloch. Pouvez-vous expliquer ce texte ? C'est
parce que vous êtes intéressés par la musique classique
ou c'est pour montrer une approche religieuse ? Marc : Je ne suis pas d'accord là-dessus et je dois
corriger ta position sur le fait que notre groupe ne soit
pas un groupe politisé. Lorsque nous avons commencé le groupe,
nous n'avions pas un discours politique puissant au sein
du groupe mais seulement dans chaque individualité. Je pense
que les choses ont changé avec le temps. On a appris à se
connaître de mieux en mieux et on a fini par trouver des
idées politiques en commun que nous pourrions présenter
au public. Je vois le projet Yage comme quelque chose de
très politisé. On se considère comme une communauté sans
hiérarchie et on essaie de parvenir à trouver de nouvelles
manières de communiquer, de travailler ensemble…et de vivre
ensemble. Lorsque nous sommes en tournée dans le van, c'est
à ce moment qu'on parle intensément de politique et que
nous construisons notre message. Le texte de Ernst Bloch
parle de l'homme et de ses capacités à changer. J'ai une
idée totalement différente des choses que tu as pu lire
à son sujet, je suis désolé ! C'est un état d'esprit qui
s'ouvre vers le futur et pour le changement. C'est ce que
j'ai voulu expliquer en insérant ce texte et même si nous
ne sommes pas totalement déterminés pour un changement précis,
nous avons envie de donner des bases à un futur différent.
Cela reflète mon espoir d'un monde meilleur. Et cela montre
également ma grande motivation pour être actif dans ce processus
qui pourrait changer un peu notre société.
Vous dites que le message politique dans Yage est quelque
chose de personnel et que vous n'avez pas besoin d'être
un groupe de propagande. Pourtant, il y a noté " Go vegan
" dans votre livret. Le fait d'être vegan n'est-ce pas un
combat personnel et pourquoi alors avoir écrit ce slogan
pour les autres ? Stephan : C'est moi qui ai placé le texte "Go Vegan".
C'est ma propre opinion et ce n'est pas celui de tout le
groupe. On a toujours essayé de montrer que Yage existait
à travers 5 personnes différentes qui avaient des opinions
différentes. Dans notre livret, tout le monde a inséré quelque
chose qu'il aime faire partager. Sur le nouvel album, j'ai
également écrit " Go Vegan " avec un texte qui explique
ce que le véganisme veut dire pour moi. C'est mon avis,
mais je pense qu'il est nécessaire de montrer aux gens à
quel point le style de vie vegan est une bonne chose. C'est
vrai que sur le premier album je ne pouvais pas expliquer
ces choses avec juste deux mots… Mais comme toi, j'aime
avoir des réactions sur ce que j'écris et parler du groupe
et de ma personnalité avec les gens. J'aime aussi montrer
aux gens que dans Yage on porte une grande importance aux
droits des animaux. Hummm… Parfois j'ai les boules de voir
que la politique dans le Punk/HC n'est plus aussi importante
qu'elle a pu l'être autrefois. Marc : Je n'ai pas écrit "Go Vegan" mais j'aimerais
bien m'exprimer à ce sujet…C'est possible? (Rires) Je voulais
ajouter que pour moi ce n'est pas un combat permanent pour
être vegan. Si tu veux être vegan cela veut dire que tu
es totalement convaincu de cette manière de vivre. Je n'ai
vraiment pas de problème et ça fait partie de ma vie sans
que je sois obligé d'être attentif à ce que je fais pour
être un " bon vegan ". Je n'y pense jamais, je le fais c'est
tout. J'ai tellement d'énergie positive qui résulte de cette
expérience car je suis certain que c'est une bonne chose
pour moi.
Que pensez-vous des gens en France qui vous aiment et
vous soutiennent ? Avez-vous plus de gens proches de vous
en Allemagne ? Oliver : Tu le penses vraiment ? C'est génial (Rires).
C'est vrai, nous avons eu de bonnes réactions de la part
du public en France et ça veut dire beaucoup de choses pour
nous. C'est très important et ça nous donne beaucoup de
force de voir que ces gens ont porté tellement d'attention
à notre musique et à notre message. Depuis que nous jouons
énormément, nous réalisons que beaucoup de gens nous supportent.
Je ne sais pas s'il y a plus de gens qui nous apprécient
en France ou en Allemagne mais ce n'est pas très important
de le savoir. Cependant, c'est très enrichissant de voir
que dans plusieurs pays et particulièrement en France il
y a des gens aussi sympa et on aimerait bien les revoir
et peut-être voir aussi d'autres gens. Merci à tous pour
votre soutien, on va se revoir très bientôt ! Stephan : Parfois je trouve que les gens en France
sont moins coincés et se donnent davantage à la musique.
Ils dansent plus qu'en Allemagne ou en Angleterre même s'ils
ne connaissent pas le groupe. C'est vraiment génial comme
sensation. J'ai particulièrement aimé ce concert à Compiègne.
C'était vraiment cinglé et très drôle ! Il y avait tellement
de gens différents ce soir là… Et pas mal de types qui n'avaient
probablement jamais écouté notre musique ni même du hardcore
mais ce jour là dans ce bar il y a eu comme une tornade.
Les mecs dansaient et hurlaient pendant qu'on jouait, c'était
vraiment très drôle !!! Ils avaient l'air vraiment heureux
et c'est tellement enrichissant pour un groupe de jouer
dans ces conditions. Je me souviens de mecs assez âgés qui
étaient venus pour boire un coup. Il y en avait un très
vieux qui regardait tout le monde. J'étais sûr qu'il allait
quitter les lieux car il y avait vraiment beaucoup de monde,
la musique était très forte et il faisait super chaud. Mais
il est resté. Il a commandé une bière et il rigolait en
regardant autour de lui, il était heureux…C'était un moment
vraiment merveilleux.
Comment définissez-vous la musique de Yage et
quelles sont vos influences
passées et présentes ? Marc : Ce n'est pas facile de définir notre musique
car nous n'avons pas assez de recul. Cette musique sort
réellement de nos tripes. Ce n'est pas quelque chose de
vraiment planifié, mais bien sûr nous avons nos influences.
Nous avons tous un goût pour des musiques très variées.
Mais je crois que le milieu des années 90 avec ce mouvement
Emo est la période la plus influente sur nos compositions.
On aime tellement de groupes qu'il est impossible de tous
les citer. Bien sûr, il y en a pas mal actuellement qui
influencent notre musique. C'est un mélange de plusieurs
styles de musique. Nikita : Je parle bien sûr pour moi mais je suis
certain qu'il y a un parallèle entre les influences des
membres du groupe sur la musique de Yage. En ce qui me concerne,
j'aime beaucoup 400 Years, Shotmaker, Portaits of Past,
Sleepytime Trio. Ils ont influencé mon jeu de guitare c'est
certain. Ce n'est pas toujours évident dans les chansons
de Yage car je n'essaie pas de sonner pareil que ces groupes.
Pourtant il y a des clins d'œil dans les mélodies, des éléments
rythmiques qui inconsciemment influencent mon jeu de guitare.
J'ose penser que nous avons trouvé notre propre style car
nous sommes 5 personnes avec des influences très différentes
et notre musique évoluera au fur et à mesure que nos personnalités
changeront. C'est un processus naturel.
Nikita, peux-tu nous parler de ton label et des groupes
avec lesquels tu as
sorti des disques? Nikita : J'ai commencé le label en février 99 et
il y a 11 réalisations pour le moment. C'est quelque chose
de très relationnel entre ce que je fais et les groupes
impliqués. J'aime beaucoup m'occuper de mon label et je
ne peux pas imaginer ma vie sans ces moments d'activités.
Parfois, j'ai des moments difficiles et la motivation s'estompe
mais la mèche se rallume toujours. En ce moment, je suis
très heureux de l'évolution du label. Il y a une osmose
qui se crée entre les groupes et le label et une grande
reconnaissance dans le travail de chacun. Le style musical
des groupes n'est pas très important et il y a des groupes
assez différents comme The Oliver Twist, Lack, Yage ou Winston.
C'est très important de réussir à me rapprocher de chaque
groupe et de bien sortir chaque disque que nous réalisons.
Quel est le programme à la rentrée pour Yage ?
Oliver : On fait un break pour plusieurs raisons. On essaie
de trouver le temps pour écrire de nouvelles chansons afin
de préparer un nouvel album pour le début de l'année prochaine.
En août, nous allons enregistrer trois nouvelles chansons
pour un 45 tours sur le label Level-Plane. Ensuite, entre
octobre et novembre nous allons recommencer les concerts
avec 5 dates en France et quelques unes par ici. Notre rêve
est de faire une longue tournée de 4 à 6 semaines l'année
prochaine... On verra bien !