Les
grandes villes sont faites pour les petits gens à l'horizon
vertical dont les rêves bétonnés finissent par se contenter
d'images portables à tarifs réduits. Dans ce boyau géant qui
sent les gaz d'échappement et les parfums bon marché, je caresse
les murs dans l'espoir de retrouver des sensations. J'ai la
nostalgie du commencement à cause du petit Wil qui est maintenant
devenu un fanzine plus gros avec plein de trucs bien en dedans.
Alors comme on est content, on insère une compilation et puis
on braque une banque pour fabriquer nos rêves… Et pour que les
gens ne disent plus que Wil est une feuille d'infos, on a décidé
de le vendre 30 balles. Comme ça on nous prendra au sérieux
!
On espère que cette nouvelle formule vous plaira parce que sinon
c'est pas cool pour nous et pis après on est triste et il nous
faut inventer des soleils pour survivre. Merci à nos vieux abonnés
qui nous suivent dans cette aventure, certains mots nous ont
beaucoup touchés dans nos petits cœurs.
Cet hiver, nous aussi on a loué un appartement. C'est vrai que
c'est à 800 Klm des montagnes mais avec un peu d'imagination
et Wizard, on s'y croirait ! Un jour j'emmènerai Laëtitia aux
sports d'hiver, c'est passque… Elle n'a jamais vu les montagnes.
J'aimerai bien la voir sur des ski et puis rigoler!!!! Mais
ce plaisir il est réservé aux riches! Dans cette vieille maison
où notre nouveau propriétaire a fait un appartement, il y une
pièce avec une chaise, un canapé et une télévision. Il n'y a
absolument rien à faire ici. C'est la pièce que j'aime le moins.
Sauf que, depuis quelques jours, il y a un vieux fauteuil couleur
moutarde un peu sale que Laëtitia a trouvé aux Emmaüs. Il semble
ridicule dans cette pièce presque carré. J'aime m'y retrouver
affalé comme un gros beauf en écoutant les skeuds que nous recevons
chaque jour à la station.
Et maintenant, Pinochet peut jouer au poker avec sa copine Thatcher
et niquer le plus beau des tangos, nous resterons les yeux crevés
planqués devant la télé à regarder les cétacés s'échouer par
milliers dans les journaux télévisés. Nous sommes la nouvelle
race des révolutionnaires catodiques à la mémoire volatile et
aux actes recyclés. Nous condamnons les images comme nous condamnons
les pitbulls. Et dans le même temps, les corridas qui sont tout
aussi sanglantes que des combats de chiens, sont toujours acceptées
en France. Vive les chasseurs, les traditions et l'Autriche
! Et puis que deviendrait la vie sans guerre, sans pétrole ni
devise ? Que ferions-nous de nos quotidiens et de nos veillées
morbides s'il n'y avait plus ces petites guerres ethniques qui
nous invitent au voyage du crime organisé et qui emballent nos
vies de massacres d'enfants innocents ou de marées noires étincelantes
? De quoi pourrions-nous faire de toutes ces espèces qui s'accouplent
impunément dans le dos de notre Dieu et créateur qui nous a
donné la haine et la joie de détruire sans compromis. Il n'y
a rien sur Terre de plus beau qu'une ligne de puits de pétrole
brûlante fleurissant au milieu du désert ou au larges des côtes
africaines. Et pas une seule comparaison possible avec ce spectacle
inoubliable d'une immense forêt prise dans les flammes. Nous
sommes la dernière race de requins préhistoriques égarée quelque
part dans le temps en compagnie d'animaux inadaptés à notre
férocité. Nous n'avons rien à faire avec des petits éléphants
stupides, des chiens errants ou des plantes dociles….
Arrivé dans la salle de bain, je regarde mes pieds pour voir
s'ils ne sont pas palmés ou même un peu écaillés... Je fais
le même rêve depuis bientôt 30 ans. Je palpe mon visage de terrien
moyen pour découvrir la moindre anomalie. Mais rien de tout
cela n'est visible et je commence à comprendre mon inutilité
béante sur l'écorce terrestre. Pourtant, des amis proches me
font la remarque que j'ai vieilli…. Quelle admirable prise de
conscience qui me remplit de joie ! Sous l'étagère à pharmacie,
il y a un chiotte avec une flaque d'eau au fond. En fait ça
ressemble à tous les chiottes que j'ai vus avant. Je réalise
que l'océan n'a jamais été bleu et qu'il ressemble à cette flaque
d'eau incolore. Alors je me couvre de légumineuse végétation
pour mimer les découvertes incrustées dans mes souvenirs. J'imagine
les palmipèdes résolument inhospitaliers sur les rives d'un
fleuve intacte où je te regarde nager nue dans cette boue acide
descendant les songes du crétacé comme les premiers éléments
délicats. C'est bien dans cette partie de l'appartement où l'on
voit voler des mites et qui sent l'humidité, que je me sens
le plus inadapté lorsque je chie tranquillement ma merde aux
fragrances diverses sur des mers déchaînées.
Dans la réalité, c'est une mini salle de bain pour une personne
où seuls les acrobates les plus confirmés parviennent à s'accoupler.
A côté c'est la pièce que tout le monde connaît passque c'est
là qu'on arrive quand on entre dans l'appartement. C'est aussi
la pièce la plus petite et on a l'habitude d'y prendre nos repas.
C'est pratique car en fait c'est la cuisine. On peut aussi manger
assis dans les escaliers ou dans les chiottes, il suffit de
tirer un peu la table. C'est vraiment très fonctionnel. Les
escaliers sont si étroits que lorsque l'on est bourré on ne
peut pas tomber. Il y a bien sûr une chambre où l'on dort à
l'occasion. On y trouve des vieux placards encastrés dans les
murs comme autrefois. Il me semble avoir aperçu aussi une cheminée
qui connût jadis les flammes de l'enfer.
Mais la pièce que j'aime le plus c'est la station Wil…C'est
la pièce la plus grande de la maison où l'on y met tous les
disques. C'est ma pièce préférée dans laquelle je passe le plus
de temps. Elle ressemble à ma chambre quand j'étais petit chez
ma maman… … … Passque y'a plein de posters partout…… … … …Voilà,
c'est tout.