Loft
story ou comment banaliser la télé-suveillance
en s'amusant ?
Tout a commencé le jour où j'ai vu bouger mon
gamin dans le ventre de sa mère. On prend conscience
de l'existence d'un être. On ne sait jamais, c'est dans
le cas où il aurait des trucs en plus ou en moins. On
appelle cela de la vidéo surveillance préventive.
Quelques mois plus tard, nous avons eu les moyens de se payer
une nounou et grâce à nos webcams dissimulées
un peu partout dans l'appartement, on a pu surveiller depuis
le bureau les changements de couche et les différents
biberons. On appelle cela de la vidéo surveillance à
domicile. Son enfance a été l'objet de toute l'attention
des pouvoirs publics. Dans la rue, à l'école et
dans chaque lieu public comme dans tous les établissements
privés et même chez l'épicier Il y
avait toujours une caméra pour surveiller la vie de notre
enfant. Lorsqu'on a pu lui payer son permis de conduire, la
gendarmerie était là pour le suivre dans tous
ses déplacements à travers la ville. On appelle
cela de la vidéo surveillance routière. Par miracle,
il a trouvé un petit job à la capitale. Pas besoin
de vous dire que les transports en commun, les gares et autres
abris de bus étaient bien quadrillés. On appelle
cela de la vidéo surveillance de sécurité
publique. Vous pensez peut-être que tout cela relève
de la fiction. C'est en fait notre quotidien mais personne ou
très peu de gens semblent en être conscients sinon
comment pourrions-nous l'accepter ?
Depuis quelques années, des individus ont trouvé
le moyen de nous faire passer la pilule en responsabilisant
les citoyens de leurs actes afin de leur faire accepter leurs
condamnations diverses. On le voit avec la sécurité
routière qui nous place toujours comme responsables des
milliers de morts chaque année alors que dans le même
temps on nous balance des tonnes de publicités qui nous
poussent à acheter le véhicule le plus adapté
à notre vie d'homme moderne. Il faut dire que l'état
français encourage depuis toujours l'industrie automobile
On appelle cela de l'hypocrisie nationale.
C'est la même stratégie sournoise
utilisée pour nous faire accepter la vidéo surveillance
qui se retrouve maintenant à chaque étape de notre
vie. Les pouvoirs publics trouvent toujours une bonne raison
pour nous imposer ces caméras qui protègent chaque
citoyen des actes non autorisés. Il y a un an, on disait
encore qu'une émission comme Big Brother ne pourrait
pas fleurir au beau milieu du paysage audiovisuel français.
Il faut croire qu'ils ont réussi par nous rendre dépendants
de ce nouveau genre de programme. Plus personne ne peut s'en
passer et tout le monde en parle. La plupart de mes amis trouvent
ça nul mais n'empêche qu'ils regardent tous M6
comme des automates privés de conscience. Des groupes
organisés tentent de déstabiliser la bête
mais combien de temps vont-ils tenir ?
Au lancement du site Internet de Loft Story.
La page d'accueil fut modifiée. Un journaliste interroge
le pirate et lui demande pourquoi il a commis ce délit
: " Mais personne ne vous oblige à regarder ! Il
faut respecter la liberté d'expression ! " Le pirate
lui répond : " Bien sûr, je ne suis pas obligé
de regarder ces conneries mais ma petite sur, oui ! "
Nous sommes au cur du problème. Les adultes acceptent
plus ou moins ce genre d'émissions mais qu'en sera t-il
des générations suivantes qui trouveront normal
de vivre dans un monde télé-surveillé ou
la notion de vie privée sera dénaturée
?
Ils infligent maintenant la vidéo-surveillance
sous forme de jeu télévisé interactif en
donnant le pseudo-pouvoir d'éliminer les candidats. L'étape
suivante, c'est la mise à mort des mauvais joueurs
Ne rigolez pas car tout ça arrivera tôt ou tard
C'est le retour des jeux de Rome dans sa version moderne !
Bien sûr, on ne sélectionne pas
les obèses, les boutonneux, les séropositifs ou
les irradiés du système. Pour les malades du Sida,
c'est encore une exclusion. Bien sûr, la loi interdit
M6 de rendre obligatoire le test de dépistage du virus
mais il est évident qu'en cas de refus, le dossier du
candidat partira à la poubelle.
Alors, on construit une maison pour barbies pas loin des cités
pour amener la plupart des jeunes débiles qui alimentent
l'audimat de M6. Ils sélectionnent de beaux gosses à
la boys band pour baiser la blondasse un peu conne mais terriblement
bonne. La rouquine coquine suce le métisse et l'incomprise
et timide se fait prendre sauvagement dans la cuisine. Et pour
Ken et ses copains, on installe une belle piscine où
les tarés passent la plupart de leur temps à siroter
des jus de pommes. Le soir, on installe une table pour qu'ils
racontent leur vie de merde pendant une partie de tarot qui
dégénère vite en strip poker. Tout le monde
s'emmerde alors forcément ça pense qu'à
baiser Et le public attend le coup fatal où la
blondasse se fera prendre sur la table. Des groupes se forment
et des guerres explosent, des complots, des engueulades diverses
font craquer les plus faibles qui n'ont pas leur place dans
ce monde. On se bombarde entre copains, que le faible soit la
victime bonne à tromper piller sucer. Les lois de la
concurrence capitaliste sont utilisées à merveille
sans que personne ne le remarque. C'est une allusion à
la mise en place de la mondialisation où chaque participant
est une multinationale et les téléspectateurs
des actionnaires.
Pour gagner la partie, il faut concevoir des alliances et devenir
indispensable pour ensuite se retourner contre son partenaire
et le pousser à poil dans la piscine devant des milliers
d'abrutis qui s'emmerdent aussi devant leur télé
et qui devront voter pour éliminer ce candidat ridicule.
Ca leur donne un peu d'importance dans leur vie misérable.
Les notions de devoirs civiques sont amenées comme un
jeu. Juste avant les élections présidentielles,
c'est plutôt bien vu ! En plus, on apprend aux jeunes
générations à oublier les notions de solidarité,
de partage en affichant au plus profond d'eux la notion de compétition
en vulgarisant la haine du plus faible. Il s'agit d'un jeu avec
des gagnants mais surtout avec des perdants ! Au fond, il s'agit
du reflet de notre société. On apprend aux gens
à accepter l'inégalité et la précarité.
On les calme à coups de jeux à gratter et de jeux
télévisés. Ils nous balancent les règles
de l'ultra libéralisme et du chacun pour soi afin de
nous préparer au nouveau millénaire.
Je vous le dis, la matrice est bien réelle
Elle est notre quotidien de petites choses qui nous semblent
naturelles mais qui stabilisent la conscience. Elle est le système,
cette machine qui nous surveille en permanence depuis notre
naissance jusqu'à notre propre mort.
Il était 20 heures 30, je finalisais
cet article et la sonnerie du téléphone m'obligea
à baisser les enceintes de mon ordinateur. Une standardiste
de la Brinks, vous savez la société de transport
de fonds, me fit un baratin sur les services de télé
surveillance de sa société. Elle me fit part que
son commercial se trouvait actuellement dans ma ville et désirait
me rencontrer J'ai essayé de prendre une voix de
monsieur pas surpris du tout et sûr de lui en répondant
que j'étais totalement contre ces pratiques et qu'elle
perdait son temps avec moi. Il n'y avait aucune chance que son
produit rentre chez moi... Elle me souhaita une bonne soirée
et raccrocha. J'avoue que j'étais abasourdi par cette
coïncidence étrange Je suis descendu dire
à Laëtitia que j'avais vu les envahisseurs
Ils sont là !